mardi 25 mars 2008

Les Pieds-Noirs


Qui s0nt les Pieds-N0irs?



Un "pied-noir" est un "Français d'Algérie", rapatrié en France à partir de 1954. L'apparition de ce terme daterait de 1955 selon Paul Robert, qui était lui même pied-noir. Les pieds-noirs sont des français chrétiens et juifs. Ce terme aurait été déjà utilisé vers 1951-1952 dans les casernes de la métropole pour désigner les recrues françaises originaires d'Afrique du Nord.


Avant la guerre d'indépendance les seules appellations pour désigner les français d'Algérie étaient "Algériens" ou "Nord-Africains" quant aux indigènes, ils étaient appelés "Arabes" ou "Musulmans". Le surnom "pieds-noirs" semble n'être parvenu en Afrique du Nord, qu'après 1954, et il a peut-être été apporté par les soldats métropolitains venus en nombre. Toutefois son usage ne s'est vraiment répandu en Algérie que dans les toutes dernières années de la présence Française et surtout en France, après le rapatriement.

Les pieds-noirs sont donc une multitude de peuples et de nations. Ils viennent principalement de Malte, Sicile, Sardaigne, Naples, Corse, Marseille, Barcelone et Almeria.

Ainsi la vie des pieds-noirs a été tourmentée pendant un demi siècle, mais qui sont réellement les pieds-noirs ?

Nous énoncerons leur vie à travers la colonisation, la période de guerre et enfin la décolonisation.




I. Avant 1954


L'identité des pieds-noirs est assimilée à l'école. En effet, l'école de Jules Ferry transposée en Algérie à joué un rôle essentiel dans la formation de cette société de pieds-noirs. Les populations européennes qui ne sont pas forcément francophones le deviennent grâce à l'école, laquelle transmet également de fortes valeurs patriotiques, magnifie la colonisation et idéalise la France. Une culture spécifique, méditerranéenne, bigarrée et unifiée par le français, se développe ainsi au long des décennies. De plus, à l'école on apprend aux enfants la géographie, la langue française et les saisons en France.

En 1830, commence la conquête de l'Algérie par la France:

De 1830 à 1840, la colonisation est libre, voire anarchique. Le 5 juillet 1830, le dey d'Alger capitulait devant l'intervention militaire française, décidée par le roi Charles X à la suite d’un complexe histoire de créances dues par la France. La décision de transformer cette victoire militaire en point de départ d'une phase de colonisation ne fut pas immédiate. L'ancienne régence d'Alger prit, en 1834, le nom de « Possessions françaises dans le nord de l'Afrique », mais aucune colonisation ne fut engagée avant 1840, date de la nomination du général Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie. A partir de cette date, les colons sont consternés par ce qui les attend, a commencer par le manque de logement puis différents manques se font sentir par la suite. Les colons vivent ainsi sous des tentes, mangent dans des gamelles. La colonisation est fondée sur la création de villages et la concession gratuite de lots individuels. L'armée ouvre des routes, construit des villages, entreprend le défrichement donc elle œuvre fortement à la colonisation.
La conquête de l'Algérie a eu pour corollaire la colonisation du pays. L'idée s'impose de faire de l'Algérie une colonie de peuplement. Il apparaît que c'est le moyen le plus efficace de consolider la conquête. Bugeaud sera nommé et il se prononcera pour l'idée d'une conquête totale.
L'Algérie est constituée de trois départements français : Oran, Alger et Constantine, les pieds-noirs s'y installent, ainsi on en dénombre environ un million.


Et c'est en 1848 que débute la colonisation de peuplement:

Pour les colons, la révolution de 1848 donne l'espoir de mettre fin au régime militaire. La Constitution de 1848 proclame l'Algérie partie intégrante du territoire français. Une politique d'encouragement à l'établissement de colons voit le jour. A la fin de 1851, on compte 33000 colons ruraux sur 131000 européens dont 66000 Français. La colonisation civile est dirigée par l'état.
Le 16 juillet 1857, l’Algérie devient française. Ainsi la colonisation libre progresse remarquablement. La suppression presque totale des barrières douanières entre l’Algérie et la France en janvier 1851, la création de la banque de l’Algérie en août 1851 et d’une bourse du commerce en avril 1852 favorisent la croissance économique. On crée un réseau routier et un réseau de voies ferrées.
A partir de 1858, un Ministère de l’Algérie et des Colonies est mis en place. Mais ce dernier est supprimé en novembre 1860.
En 1860, napoléon III est convaincu que « la gloire de la France s’appuie non sur la conquête mais sur l’amour de l’humanité et du progrès » de l’Algérie. Son empire s’écroule en Algérie suite à de nombreuses catastrophes, en 1866 et sa politique est abandonnée en 1870.
C’est ainsi qu’en 1871, l’Algérie est assimilée à la France, elle devient une « petite république française ». Puis en 1881, l’Algérie est intégrée à la France. Cette Algérie républicaine pratique une politique de colonisation officielle et elle espère réaliser un peuplement rural français grâce à la concession gratuite des terres.
L’Algérie obtient son autonomie financière grâce à l’action de Laferrière en 1898.


Evolution :

La colonisation libre progresse : elle est facilitée par la loi Warnier de 1873
Malgré la colonisation officielle et la naturalisation des juifs grâce au décret Crémieux, le nombre d'étrangers est plus important que celui des Français.
La loi du 26 juin 1889 impose donc la citoyenneté française à tous les fils d'étrangers qui ne la refusent pas : c'est la naturalisation automatique.
Cette naturalisation permet à la population européenne totale de passer de 280 000 en 1872 à 578 000 en 1896. A partir de 1896, le nombre des Européens nés en Algérie devient plus nombreux que les nouveaux immigrants.
On appelle ces Européens d'Afrique du Nord "Pieds-noirs".

Selon un extrait d'Albert Camus "J'ai aimé avec passion cette terre où je suis né, j'ai puisé tout ce que je suis, et je n'ai jamais séparé dans mon amitié aucun des hommes qui y vivent, de quelque race qu'ils soient. Bien que j'ai connu et partagé les misères qui ne lui manquent pas, elle est restée pour moi la terre du bonheur, de l'énergie et de la création."


II. De 1954 à 1962



Cette période est quant à elle une période de peur qui a énormément marqué les enfants. (Ils pouvaient être piéger par des grenades lorsqu'ils allaient à l'école). Ainsi les gens se méfiaient les uns des autres et les différents événements ont crée des cassures entre eux. De plus, de nombreux enfants ont vu leur propre père mourir fusillé durant cette guerre.


Le temps de la guerre qui a débuté le 1 novembre 1954 marque le début du conflit. Cette guérilla est à la fois urbaine et rurale car le FLN est déterminé à obtenir son indépendance. Tout projet de réforme est rejeté par les européens.
Ainsi, l’armée qui demeure la seule autorité, les comités de défense de l’Algérie Française, les anciens combattants appellent alors à une manifestation monstre le 13 mai 1958 . Cette manifestation fait chuter la 4eme république et le Général De Gaulle est rappelé au pouvoir et c’est alors qu’on observera une évolution dans la politique mené par la France.

Le 23 octobre 1958, ce dernier propose la "paix des braves", refusés par le FLN. Alors, le 16 septembre 1959, De Gaulle propose l'autodétermination et renouvelle son offre de cesser le feu en novembre. Suite à cela, des manifestations dont la "semaine des Barricades" en janvier 1960 ont lieu à Alger et à Oran.
La naissance de l'OAS (Organisation Armée Secrète) en mars 1961 donne lieu à des attentats à Paris. Les derniers mois de la guerre sont caractérisés par la tentative du putsch des généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller du 22 au 26 avril 1961.


Lorsque le 19 mai 1962, le cessez le feu a été proclamé, beaucoup n'y ont pas cru. De plus, lors de la signature des Accords d'Evian, qui faciliteraient le maintien des Français d'Algérie, les pieds-noirs n'ont pas été conviés alors qu'ils étaient les premiers concernés.

Le 29 mars 1962, a eu lieu une manifestation à Bab-el-Oued qui s'est terminée en massacre par mitrailleuses. Celui-ci a fait de nombreux morts dont beaucoup d'enfants.

En mai 1962, la signature des Accords d'Evian met fin à la guerre et donne l'indépendance à l'Algérie le 1 juillet 1962.


Depuis, les pieds-noirs sont désespérés et c'est ainsi que leur exode commence.



Selon un extrait d'Albert Camus " l'homme n'est pas entièrement coupable : il n'a pas commencé l'histoire, ni tout à fait innocent, puisqu'il l'a continue."


III.Après 1962 :


Le 5 juillet 1962 a eu lieu le massacre à Oran plus précisément " la chasse à l'européen". Les pieds-noirs se sont sentis abandonnés alors ils ont voulu partir de suite car ils avaient le choix entre "la valise ou le cercueil" (partir ou mourir). Ils sont ainsi partis en laissant de nombreuses choses, autant matérielles que sentimentales car ils ont dû mettre 150 ans de vie dans une valise. Ces Pieds-Noirs avaient le sentiment de quitter "leur pays" sans savoir si ils pourraient y revenir un jour. C'est ainsi que l'Algérie s'est vidée de plus d'un millions de français.


Mouvement des Européens entre la France et l'Algérie, au cours de l'année 1962.

Source: 1962 : l’arrivée des Pieds-Noirs - par Jean-Jacques Jordi - éd. Autrement 1995

Lors de leur arrivée en France, ils sont incompris, insultés par les français qui ont généralisé le mouvement extrémiste de l'OAS à tous les Pieds-noirs, ils les prennent pour des tueurs. Les Français les accusent de tout, de la hausse des logements, la hausse du panier de la ménagère ce qui rend difficile leur intégration. Il leur est difficile de trouver un appartement, un travail et les enfants étaient soit refusés à l'école ou victimes des autres élèves.




Ils eurent donc à affronter les invectives, notamment de la gauche communiste, qui les caricaturaient comme des colons profiteurs. À l'été , les Pieds-Noirs désespérés et démunis, arrivés sur des bateaux surchargés, furent reçus, à l'initiative des dockers CGT, par des pancartes hostiles (« les Pieds-Noirs à la mer ») à l'entrée du port de Marseille. Beaucoup virent leurs containers trempés dans la mer par ces memes dockers. Malgré les préventions qu'affichaient certains hommes politiques (comme le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, qui déclarait en juillet 1962 : « Marseille a 150 000 habitants de trop, que les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs. ») à l'égard d'une population qu'ils ne connaissaient pas vraiment, et cataloguée sur des préjugés comme étant constituée de colons « faisant suer le burnous », d'être raciste, violente et machiste, et dont la structure socioprofessionnelle ne devait pas faciliter l'intégration dans une économie moderne. Pourtant les Pieds-Noirs s'adaptèrent rapidement, ces sombres prévisions ont été démenties par les faits.

Cependant, après cet accueil reçu, les Pieds-Noirs s'intégrèrent rapidement, contribuant à l'essor économique des années 1960. Notamment dans les régions de Provence, et de Languedoc-Rouisslon. Des villes auparavant endormies ont connu un coup de fouet économique qui a contribué à leur dynamisme actuel (Nice, Montpellier et particulièrement Marseille). Les pieds noirs restent une communauté singulière. Assimilés Français dans une France qui n'existe plus, ils ont dû s'intégrer ensuite dans l'ancienne métropole hostile à leur égard. Beaucoup se disent exilés dans un pays qui ne sera jamais tout à fait le leur, Français de nationalité mais Algériens de terre.


Lorque, le 1er juillet 1962, les Algériens se prononcent par référendum pour l'indépendance de leur pays, des milliers de pieds-noirs Français installés en Algérie retournent en France :

L'exode pour trouver un foyer où dormir a séparé de nombreuses familles.

En effet, ils ressentent des douleurs et disent que "le passé est mort". L'algérie leur manque, c'était le bonheur, la douceur, ils aimaient leur vie là-bas.

Ainsi, par la suite les Pieds-noirs ont réussi à s'intégrer parmi les Français.Cependant, pendant ces quarante dernières années, ils n'ont pas pu en parler alors maintenant, ils veulent le faire, "faire éclater la vérité".

Selon un extrait d'Albert Camus:

" Comprendre le monde pour un homme, c'est le réduire à l'humain."

"Mais qu'importe après tout que les mots manquent ou trébuchent, s'ils parviennent, fugitivement au moins a ramené parmi nous l'Algérie exilée et la mettre, avec ses plaies, à un ordre du jour dont enfin nous n'ayons pas honte."



Principales sources : http://www.pieds-noirs.org; Film : " Histoire d'une blessure " de Gilles PEREZ en 2006; http://fr.wikipedia.org/wiki/Pieds-Noirs

GEHIN S0phie
GIURIATO MarjOrie

dimanche 16 mars 2008

Questions à un appelé en Algérie (mai 1955-avril 1957)

André Décérier, originaire de Haute-Savoie, a été envoyé en Algérie de mai 1955 à avril 1957, soit quasiment deux ans. La durée de son service a été prolongée au delà de la durée légale. Il a bien voulu répondre à nos questions et je l'en remercie chaleureusement.

Dans quel cadre êtes-vous allé en Algérie ? Quels étaient vos grades, corps et fonctions ? Quelle était la durée prévue et quelle fut la durée réelle de votre service ?

J'ai été incorporé au 3è Régiment d'Infanterie coloniale à Maisons-Laffitte, au début du mois de novembre 1954 (après avoir résilié mon sursis fin octobre, avant le début de la guerre d'Algérie).

La durée légale du service militaire était alors de 18 mois et rien ne laissait présager qu'il pourrait en être autrement. Je pensais donc revenir à la vie civile à la fin du mois d'avril 1956.

Je suis parti en Algérie en mai 1955 après 6 mois d'armée pendant lesquels :

  • J'ai "fait mes classes",
  • J'ai suivi un peloton préparatoire aux EOR (écoles formant les officiers de réserve) mais j'ai échoué au concours d'entrée : si j'avais suivi les cours de la Préparation Militaire Supérieure (PMS) pendant mon sursis, je serais entré directement aux EOR mais je n'étais pas assez militariste pour cela.
  • J'ai suivi le peloton d'élève caporal : j'ai "brillamment" réussi 32e sur 36 reçus !

En Algérie j'ai été affecté à la 3e compagnie du 4e Bataillon de Chasseurs à Pied avec le grade de caporal. J'ai immédiatement été envoyé au peloton d'élèves sous-officiers avant de réintégrer mon unité.

Dans quel état d’esprit étiez-vous à votre arrivée ?

Je suis parti en Algérie contraint et forcé mais sans avoir conscience de risquer ma vie. En mai 55, en France métropolitaine, nous n'avions pas l'impression que la situation là-bas était très grave et, même après mon arrivée, j'étais loin d'imaginer la suite.

J'avais déjà une certaine culture politique et j'étais persuadé qu'il faudrait un jour rompre avec le mythe d'une Algérie partie intégrante de la France. Je ne pensais peut-être pas encore que l'indépendance était inéluctable, j'espérais une solution à l'amiable qui satisferait ceux qu'on appelait les "Français musulmans" tout en ménageant les intérêts des "Pieds-Noirs".

Cet état d’esprit a-t-il changé ? Pourquoi ?

Mon état d'esprit a changé très vite à la suite de plusieurs constatations :

- l'aveuglement de la population européenne que j'ai eu l'occasion de rencontrer :

  • il ne fallait surtout pas accorder plus de droits aux Algériens et s'en tenir au statut de 1947 qui faisait de la plupart des Algériens des citoyens de seconde zone, il faut signaler que ce statut, trop "libéral" aux yeux de certains, était bafoué et que les élections étaient faussées,
  • il fallait réprimer la rébellion naissante dans le sang, comme à Sétif et Guelma en 1945.

- La grande misère des fellahs (petits paysans algériens) :

Les journaliers, qui possédaient peu (ou pas du tout) de terres cultivables étaient traités en sous-prolétaires par les gros colons,

Les petits propriétaires, qui avaient été refoulés par la colonisation dans les zones les moins fertiles

Dans l'Est et le Nord-Constantinois, régions que je connais le mieux, l'habitat était misérable (l'Est étant pire que le Nord) et le réseau routier dans la campagne était limité à la desserte des fermes des colons. Pour joindre les mechtas (hameaux) isolés, il y avait au mieux des pistes, au pire des sentiers muletiers.

Remarque : Je ne peux pas parler de la population algérienne urbaine que j'ai peu côtoyée.

- Le comportement de l'armée envers la population rurale :

Manque de respect des populations par les officiers et sous-officiers d'active qui croyaient continuer en Algérie la guerre d'Indochine,

Suspicion généralisée : tout comportement "hétérodoxe" était considéré comme suspect,

Chapardage généralisé au cours des opérations (razzias sur la volaille et sur épiceries "de bled) : la plupart des mechtas un peu importantes possédaient une "épicerie" (un simple gourbi avec quelques marchandises de première nécessité (conserves, sucre, savon, lait concentré, café, huile, etc…) : le lait concentré était très recherché par les "pillards". Les gradés laissaient faire et étaient les premiers à manger du poulet rôti au cours des opérations.

Manque de respect (euphémisme !) de la troupe envers les femmes.

À ce propos, je parle de ce qui s'est passé dans mon unité. D'autres unités se sont mieux comportées et le Lieutenant-Colonel Pierre-Alban THOMAS (auteur de "Les désarrois d'un officier en Algérie) qui commandait alors la 2e Compagnie du 4e BCP et avec qui je suis en relation épistolaire m'a déclaré qu'il n'imaginait pas que ceci ait pu exister ; dans sa compagnie, ça ne se pratiquait pas.

Ce comportement a été totalement contreproductif et a contribué à dresser contre nous des populations rurales qui n'étaient peut-être pas prêtes à prendre les armes dès 1955.

Dès la fin de l'année 1955, j'ai compris que "ça se terminerait mal" pour nous, mais je croyais encore à une solution politique grâce à un gros "lâchage de lest" de la part des autorités françaises, comme cela a été fait en Tunisie et au Maroc.

Avez-vous dû vous servir de votre arme ?

J'avais une arme en permanence, même la nuit (elle était alors à mon chevet) mais j'ai eu la chance de ne jamais avoir à m'en servir contre un être humain.

Avez-vous eu le sentiment de mener une guerre juste ? Avez-vous eu le sentiment de trahir votre conscience ? (vous parlez je crois de complicité passive et active)

Le mot "guerre" ne me semble pas approprié en ce qui me concerne, au moins au début car nous n'avions pas une armée contre nous mais des guérilleros peu armés qui tentaient des "coups", des embuscades, avant de se retirer aussitôt et de se fondre dans la population civile. En ce qui concerne mon bataillon, le premier combat évoquant une scène de guerre s'est produit le 13 janvier 1957 quand la 1ère compagnie est tombée dans une embuscade meurtrière et a dû livrer bataille pour se dégager (avec le secours de l'aviation !).

Officiellement, nous faisions des opérations de maintien d'ordre contre des gens qui, les armes à la main, contestaient cet ordre. Je considérais cet ordre comme totalement injuste donc notre action était injuste. Du coup, j'éprouvais une certaine sympathie pour la cause de nos adversaires : pour leur cause mais pas pour leurs méthodes.

J'ai donc eu des cas de conscience et je me suis dit parfois : "Si j'étais Algérien, je serais fellagha". Un autre – qui ne partage pas vraiment mes idées - l'a écrit dans un livre, beaucoup plus tard : Bigeard !

Au début, j'ai été choqué par ce que je voyais, j'aurais aimé protester mais je n'ai pas osé, aujourd'hui encore je me reproche ce que je considère comme une lâcheté. Avec le temps, on est moins choqué, on se blinde et on commence par être complice passif devant le vol de bovins pour améliorer l'ordinaire (du bétail qui appartenait à de pauvres paysans) puis insensiblement on passe du "recel subi" au "recel sur commande", c'est cela que j'appelle la complicité active. Quand j'ai réalisé que j'avais franchi un pas, je me suis dit : "de quoi ne serais-je pas capable dans six mois" ? Au début, on fait naturellement la distinction entre le bien et le mal puis arrive un moment où il faut faire tout un raisonnement intellectuel pour distinguer ces deux notions.

Heureusement que j'ai eu la chance de ne plus partir en opérations après ma nomination à la section de commandement comme sous-officier d'ordinaire. Qu'aurais-je fait si un copain avait été tué sous mes yeux au cours d'une opération ? Je ne peux pas répondre…

Je corresponds avec un ancien de mon bataillon, mais d'une autre compagnie je ne l'ai jamais rencontré, pas même en Algérie. Il a participé à l'opération du 11 mai 1956 au cours de laquelle 79 villageois ont été tués par représailles ; cinquante-deux ans après, il ne s'en est pas encore remis. Il est psychologiquement très perturbé (et encore plus depuis qu'il est retraité et qu'il a le temps de penser). J'ai essayé d'évoquer cet épisode au cours d'une conversation téléphonique, mais il se bloque, je n'arrive pas à savoir comment ça s'est passé, je sens qu'il redoute ma réprobation. Je me refuse pourtant de juger son comportement de l'époque car, si j'avais été avec lui ce jour-là, je ne sais pas comment je me serais comporté.

Pensiez-vous que cette guerre pouvait être gagnée d’une manière ou d’une autre et le souhaitiez-vous ?

Je poserais autrement la question : pouvait-on faire cesser le conflit en supprimant ses causes ? Jusqu'aux élections du 2 janvier 56, peut-être. Le Front républicain a été élu pour ça mais, après la "capitulation des tomates", les Algériens ont perdu toute confiance. Si Guy Mollet avait eu le courage d'appliquer un programme voisin de celui proposé par de Gaulle en 1958 (intégration, égalité des citoyens), je pense que tout aurait été encore possible. En mai 58, c'était déjà trop tard : pour les Algériens, désormais, c'était "indépendance inconditionnelle" ! Après l'échec des propositions de de Gaulle, on aurait pu continuer la guerre (une vraie guerre désormais) pendant 10 ans, 15 ans sans changer le résultat final.

Si on pouvait refaire l'histoire, je pense qu'une solution eût été possible grâce à un accord entre un Mandela algérien et un de Klerk pied-noir [De Klerk est le dirigeant blanc sud-africain qui a mis fin à l'apartheid en 1990]. Dans quel cadre ? Un cadre franco-algérien ou un cadre algérien en coupant le cordon ombilical avec la métropole ? Questions sans intérêt puisque c'était un rêve, mais un beau rêve.

Quelles relations aviez-vous avec les Européens ?

J'ai eu peu de rencontres avec des Européens :

des commerçants,

deux familles dans lesquelles j'ai été invité pour un repas,

un aumônier "ultra" et répressif à tout crin,

un chauffeur de camion qui m'a pris en "stop"

des enseignants,

des passants,

un gros colon qui faisait semblant de ne pas nous voir alors que nous protégions sa ferme.

J'ai eu aussi une correspondante européenne que j'ai rencontrée très brièvement, une seule fois.

Il était difficile d'aborder le problème algérien avec eux ne serait-ce que pour des raisons de courtoisie. Beaucoup, bardés de certitudes, m'ont laissé un souvenir au mieux "insipide" parfois désagréable mais j'ai quand même rencontré quelques rares personnes avec qui on pouvait échanger des propos intelligents.

Et avec les Algériens ?

J'ai rencontré plus d'Algériens que d'Européens :

des commerçants urbains ou ruraux,

des paysans,

des anciens combattants des guerres de 14-18 et 39-45,

des jeunes dans les villages de Petite Kabylie (en septembre 55),

deux instituteurs,

J'ai eu aussi une correspondante algérienne, une lycéenne d'environ 18 ans. Nous échangions des propos très "sages" à propos des coutumes des Européens et des Algériens, du problème du voile (qu'elle ne portait pas sauf quand elle voulait "se déguiser"), de la religion musulmane. Le seul propos politique est venu d'elle quand elle m'a avoué qu'elle était la nièce d’un dirigeant du FLN réfugié au Caire ! Si mon commandant de compagnie avait appris que je correspondais avec la nièce d'un de nos pires ennemis !!

Certaines de ces rencontres ont été très intéressantes, deux exemples :

un instituteur très francophile (en juin 55) : est-il resté francophile par la suite ou a-t-il été exécuté par le FLN ?

le boulanger de Ziama-Mansouriah qui était devenu un ami et qui – j'en ai eu la preuve après coup – était un militant nationaliste, il a payé ça de sa vie.

Avec les autres Algériens nous n'avons jamais parlé de politique : trop dangereux pour eux.

Comment s’est passée votre permission ?

Je redécouvrais la France (on devait dire la Métropole puisque "l'Algérie, c'était la France") après 14 mois d'absence. Ma plus grande surprise a été le désintérêt de la majorité de mes interlocuteurs à propos de l'Algérie. Quand j'essayais de raconter les scènes peu glorieuses dont j'ai été le témoin, je rencontrais surtout le scepticisme, même chez certains de mes amis ; quand on me croyait, on s'étonnait que je puisse désapprouver les exactions de l'armée. Après tout, les Algériens récoltaient ce qu'ils avaient semé. Heureusement, les réactions de ma famille proche (un père cheminot, une mère femme de ménage) ont été formidables.

Qu’aimeriez-vous dire aux jeunes lycéens algériens et français qui travaillent sur la Guerre d’Algérie ?

Je voudrais avant tout les mettre en garde contre des réactions irréfléchies. Nous sommes en 2008, plus de 50 ans se sont écoulés depuis "mon aventure algérienne" et je crains que les lycéens d'aujourd'hui aient du mal à se remettre dans le contexte de l'époque. Il ne faut jamais juger le passé en faisant abstraction du contexte.

Je suis parti en Algérie en 1955. Il y a alors tout juste 10 ans que la guerre de 39-45 est terminée, un an que la guerre d'Indochine est finie (au moins pour les Français). Il faut se souvenir

  • que, 8 ans auparavant, le pain était encore rationné en France,
  • que le population était à 50% rurale, voire paysanne,
  • que pour beaucoup l'école se terminait à 14 ans avec pour tout bagage le Certificat d'Études Primaires (quand on l'obtenait : les illettrés étaient nombreux dans ma compagnie) ..

Comme je n'étais pas officier, j'ai eu l'occasion de côtoyer des jeunes de mon âge issus de la France d'en-bas, des fils de petits exploitants agricoles (quelques arpents de terre, quelques vaches à l'étable), des prolétaires de l'agriculture ou de la mine. J'ai connu des gars qui n'étaient jamais venus dans une ville un peu importante avant le jour de leur incorporation. La plupart n'avaient aucune culture politique ou historique, aucune idée de l'histoire de l'Algérie, ne savaient rien (ou avaient des connaissances erronées) de la religion musulmane. Les jeunes qui avaient 20 ans en 1954-56 étaient bien plus différents des lycéens d'aujourd'hui qu'ils l'étaient eux-mêmes des combattants de 1914 ! La plupart en voulaient à ceux par la faute desquels ils étaient venus en Algérie, il étaient prêts à le leur faire payer mais, pour eux, les coupables ce n'était pas les politiques, c'était les Arabes qui nous tiraient dessus, nous les Français qui leur avions apporté la civilisation et c'était aussi les Pieds Noirs qui faisaient "suer le burnous" et n'avaient qu'à se défendre tout seuls.

Avant de porter un jugement sur les uns et les autres, il faut prendre en compte tous ces paramètres.

Pour terminer je dirais que c'est aux Français de dénoncer les excès dont s'est rendue coupable l'armée française et c'est aux Algériens de faire également leur examen de conscience car leur guerre n'a pas été plus propre que la nôtre même s'ils avaient l'excuse de la justesse de leur cause et de la faiblesse de leurs moyens militaires.

Propos recueillis par E. Augris

mercredi 12 mars 2008

L'Algérie durant le régime de Vichy










Le 17 juin 1940, soit près de 2 ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, le maréchal Philippe Pétain lance un appel radiophonique encourageant le peuple français à cesser le combat contre les forces allemandes. 24 jours plus tard, il s'autoproclame chef de l'État, et le régime de Vichy est déclaré pour tous les territoires français. Parmi ces terres, l'Algérie, colonie française depuis 1830, et partie intégrante du territoire depuis 1848, soumise à l'autorité de Vichy, joue un rôle important dans la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans la chute de l'Empire colonial, et est annonciatrice du déclin de la Collaboration. À la fois actrice et spectatrice, l'Algérie est entre 1940 et 1942 - date du débarquement allié en Afrique du Nord - un exemple de la présence du gouvernement vichyste dans les colonies françaises, en plus d'être d'une importance stratégique pour la Résistance.

À la fois actrice et spectatrice, l'Algérie est entre 1940 et 1942 - date du débarquement allié en Afrique du Nord - un exemple de la présence du gouvernement vichyste dans les colonies françaises, en plus d'être d'une importance stratégique pour la Résistance


Une grande partie des informations est extraite du livre "L'Algérie sous le régime de Vichy" de Jacques CANTIER.
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I - L'arrivée du vichysme en Algérie :
Au début du mois de juin 1940, la situation en Algérie est calme ; la colonie est hors des lointains combats de la métropole. Privée d'informations directes concernant la guerre, l'opinion publique est entièrement soumise à la presse, comme en témoigne un extrait de "La Colline Oubliée" de Mouloud MAMMERI : "Nous n'avions ni le loisir ni le goût de lire les journaux et ce fut des civils que nous apprîmes les étapes de l'avance allemande. Nous admirions l'efficacité de la ligne Maginot quand elle était déjà tournée, nous nous révoltions avec notre informateur de la félonie des Belges quand les Allemands étaient en France et plaignions Amiens au moment où déjà Paris capitulait."Cette même opinion publique n'est pas moins troublée durant les débuts du régime de Vichy : après les discours des 7 et 20 juin, elle est divisée en deux camps. D'un côté, la mauvaise interprétation de ces discours défaitistes accentue l'effervescence et la ferveur patriotique des habitants d'Algérie. De l'autre côté, un mouvement plus favorable au gouvernement de Vichy se distingue : le 21 juin, l'archevêque d'Alger Mgr Leynaud et le Cheikh El Okbi, figure importante du mouvement des oulémas, incitent le peuple algérien à faire confiance à Pétain.Cet optimisme devant l'arrivée du régime de Vichy se voit suivi par l'arrivée de la propagande en Algérie, et le culte de la personnalité du maréchal Pétain : comme les images ci-contre le montrent, l'image du maréchal est omniprésente, en métropole comme dans les colonies. De plus, la presse est manipulée dès le lendemain de la défaite : "La Dépêche algérienne" ou "L'Écho d'Alger", par exemple, changent brusquement de ligne éditoriale. Grâce au contrôle des médias, le discours pétainiste peut s'étendre, et la IIIe République est assimilée à un "ancien régime" avant même le vote du 10 juillet 1940.

[ propagande en faveur du maréchal Pétain ]



L'arrivée du vichysme en Algérie est également accompagnée par la création de nouvelles institutions. Par exemple, la Légion française des combattants naît dans le but de diffuser la doctrine de la Révolution nationale, comme le montre un extrait de la loi fondant cette institution : "les anciens combattants doivent former le faisceau de leurs volontés. Ils doivent partout et jusque dans chaque village constituer des groupes décidés à faire respecter et exécuter les sages conseils de leur chef de Verdun et de 18." La naissance de ces nouvelles institutions est suivie par une refonte
totale de l'élite administrative, et par un large mouvement préfectoral : sur 94 préfets en poste en 1940, 26 sont mis à la retraite, 29 révoqués et 37 déplacés.
[ la jeunesse de la Légion française des combattants ]














II - L'enracinement du régime de Vichy :
Après l'instauration de cette nouvelle hiérarchie, le régime de Vichy peut s'installer pleinement. L'Algérie devient alors le prolongement de la métropole, et les logiques d'exclusions ne tardent pas à être appliquées : présentée comme un passage obligé de l'unification nationale, l'exclusion des Juifs et d'autres classes considérées comme ennemies naturelles du régime ne se fait pas attendre. Ainsi, le décret Crémieux de 1870, qui accordait la nationalité française à tout Juif d'Algérie, est aboli. De même, la politique d'étouffement de la démocratie est appliquée : les politiciens et dirigeants sont directement nommés par les autorités du régime de Vichy, et ce pour éviter de se retrouver en présence d'élus impliqués dans le Front Populaire ou favorables à un mouvement antifrançais. Pétain, en critiquant le suffrage universel, ajoute qu'il ne sert qu'à entretenir "certaines apparences trompeuses de la liberté" (cf. discours du 10 octobre 1940). De la même manière qu'en métropole, le régime collabore ouvertement avec le IIIe Reich, en envoyant des travailleurs algériens oeuvrer au service de l'Allemagne, ou encore en envoyant des ravitaillements à l'Afrikakorps, le corps de guerre allemand installé en Afrique.
En plus de reprendre et d'appliquer rigoureusement des mesures adoptées en métropole, les différents gouverneurs d'Afrique française et d'Algérie surenchérissent et ajoutent des lois qui dépassent les demandes du régime de Vichy. Maxime Weygand, par exemple, instaure en septembre 1941 un "numerus clausus" scolaire excluant la quasi-totalité des enfants juifs des établissements publics d'enseignement, y compris des écoles primaires, ce qui n'arriva pas en métropole. Il interdit également la franc-maçonnerie et enferme, avec l'appui de l’amiral Abrial, les "opposants au régime" dans des camps de prisonniers au sud de l'Algérie et au Maroc, ainsi que des volontaires de la Légion étrangère et des réfugiés étrangers sans contrat de travail.




[ affiche incitant à faire des dons en direction de l'Algérie ]
À cause de la rigueur de l'hiver 1941-1942 et de la sécheresse du printemps, les récoltes algériennes pour l'année 1942 sont insuffisantes. À ce constat viennent s'ajouter les difficultés que rencontre le régime avec sa politique interventionniste et avec l'économie dirigée. Ceci, ainsi que la mauvaise évolution du commerce algérien, a pour conséquence une crise en 1942 et une dégradation notable du niveau de vie des populations locales, comme le note Mouloud MAMMERI dans "La Colline Oubliée" : "Tant de mendiants aux yeux creux traînaient sur les routes leurs pieds ensanglantés et durcis que c'était à douter si la main de Dieu même aurait pu les rassasier et les vêtir tous."




III - La fin de l'Algérie vichyste :
De la crise de l'année 1942 et de la dégradation des conditions de vie, il résulte une perte de prestige du régime et un mécontentement des populations locales. Ceci ne fait qu'agrandir un sentiment anti-européen déjà présent avant l'établissement du régime de Vichy : d'après les estimations du chef du CIE de la préfecture d'Alger, 5 à 20 % de la population musulmane est anti-française en juin 1940. Malgré la propagande et le culte du maréchal Pétain, et malgré la répression, ce sentiment va germer pour donner naissance à une Résistance locale.Constituée de petits noyaux ayant peu de liens entre eux, la résistance ne s'organise que tardivement : il faut attendre 1942 pour que se rencontrent le dirigeant de la Résistance algéroise, José Aboulker, et son homologue oranais, Henri d'Astier de la Vigerie.


URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Torch-troops_hit_the_beaches.jpg ]
Les deux noyaux s'entendent pour préparer un débarquement allié en Afrique du Nord, et n'hésitent pas à contacter le diplomate américain Murphy pour leur venir en aide. Ainsi, l'opération Torch, fruit d'un accord entre Alger et les États-Unis, voit le jour : le 8 novembre 1942, près de 107'000 hommes débarquent sur les plages d'Afrique du Nord et, avec l'aide des résistants, prennent le contrôle du territoire en très peu de temps. Après des batailles sanglantes, l'amiral Juin, gouverneur d'Algérie, et l'amiral Darlan, alors chef du gouvernement, finissent par capituler et ordonnent le cessez-le-feu pour Alger, Oran, et le Maroc.
Le putsch du 8 novembre et l'aboutissement de l'opération Torch marquent l'entrée en guerre de l'Afrique française et une volonté de retour aux valeurs démocratiques. C'est dans cette optique que le général de Gaulle se déplace à Alger en mai 1943 et y fonde le CFLN (Comité français de la Libération nationale). Non seulement le comité oeuvre-t-il à rétablir la république, en rétablissant notamment le décret Crémieux, mais il établit également quelques réformes importantes, telles que l'extension du droit de vote aux femmes et l'amélioration du sort des colonisés en Afrique française.
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Conclusion :
L'arrivée du régime de Vichy en Algérie est marquée par un trouble de l'opinion publique qui sera accentué par la propagande pétainiste, mais après l'instauration d'une nouvelle hiérarchie, les mesures adoptées en métropole ne tardent pas à atteindre la colonie. Sous la direction du général Weygand, certaines lois sont même exagérées, comme celles concernant les logiques d'exclusion. Plus tard, la crise de l'année 1942 entraîne des mécontentements de plus en plus importants : il en résulte l'opération Torch, et l'instauration du CFLN. Ce comité, qui tient une place importante dans le rétablissement des valeurs démocratiques, finit par éclipser le régime de Vichy en devenant plus tard le GPRF (Gouvernement provisoire de la République française), et en rendant nuls tous les actes et décrets promus après le 16 juin 1940. Après la Libération, qui sera l'aboutissement des actions conjuguées des Alliés, du GPRF et de la Résistance, une nouvelle ère commence alors pour la France : celle des reconstructions de l'après-guerre et de l'épuration. Du côté algérien, les nationalismes enfouis durant le régime de Vichy peuvent enfin se réveiller.



Amine - Yanis A. et Naji
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Références : * "L'Algérie sous le régime de Vichy", de Jacques CANTIER, éditions Odile Jacob * L'encyclopédie libre Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/ Pages concernées : "Régime de Vichy", "CFLN", "François Darlan", "Algérie", "Maréchal Pétain", "Maxime Weygand" * "La Colline Oubliée" de Mouloud MAMMERI, éditions Folio
Images : * les troupes de l'opération Torch atteignent les plages : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Torch-troops_hit_the_beaches.jpg * autres images : issues du cahier hors-texte de "L'Algérie sous le régime de Vichy" de Jacques CANTIER Archives nationales, Paris Centre des Archives de l'outre-mer, Aix-en-Provence Photographies Jacques Gautherot (DR), collection Vianney Lambert, Orléans

L'Orientalisme et les influences coloniales dans l'art et la littérature



La colonisation européenne ,amorcée dès le moyen âge , a fait prendre conscience à la Société du XIXe siècle de l'existence d'un autre monde aux moeurs et coutumes diverses qui attisent la curiosité du monde occidental. Plusieurs artistes et auteurs de cette période expriment cet attrait à travers leurs oeuvres qui rendent compte de la vision fantasmée qu'ont les européens de l’orient, mais aussi une vision concrète et réelle que nourrissent les missions scientifiques de l'époque .C'est ainsi que l'orientalisme naît.Ce courant marque l'intérêt de cette époque pour les cultures du Maghreb, turque et arabe.L'art orientaliste ne correspond à aucun style particulier et rassemble des artistes aux oeuvres et aux personnalités aussi différentes et opposées que Horace Vernet, Ingres, Delacroix, Fromentin, ...etc, jusqu'à Renoir avec sa fameuse "Odalisque" de 1884 ou même Matisse et Picasso au tout début du 20e siècle. C'est donc plutôt un thème vaste qui parcourt les différents mouvements picturaux et littéraires de cette période et qui prend des aspects protéiormes aucours du XIXe et du XX siècle .Cet attrait pour l'ailleurs, la recherche de l'exotisme, conquiert la société. C'est l'Orientalisme qui invente le mythe de la langueur orientale, des harems feutrés, des femmes mystérieuses et… offertes .Le harem est en effet un des thèmes récurrents des oeuvres orientalistes ainsi que le désert et la chasse qui fascinent.L’Algerie, et plus particulièrement Alger ,qui est depuis 1830 une colonie française, est une destinations incontournable pour les orientalistes. Théophile Gautier est le témoin de cette ferveur tissée autour la ville d'Alger:« Le voyage d’Alger devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie : ils vont là apprendre le soleil, étudier la lumière, chercher des types originaux, des mœurs et des attitudes primitives et bibliques »



PARTIE 1 : l’expression picturale de l’orientalisme
Les peintres français du 19e siècle ont largement participé à la "renaissance orientale"de la peinture; ils sont en effet à l’origine de La "visualisation" de l’Orient, avant la photographie et du cinéma. L’orientalisme parait donc, dans un premier temps, comme une source d’inspiration iconographique aux thèmes divers et variés .Tout les artistes ayant, à cette époque, représentés l'Orient n'ont pas obligatoirement voyagé dans les pays du Moyen-Orient. Cependant, la majorité des peintres dits orientalistes ont entreprit de longues expéditions dans les pays du Maghreb pour en rapporter de nombreux carnets de croquis. L’Algérie est l’un de ces pays qui a toujours fasciné les artistes qui vont alors y affluer:A partir de 1907 la Casa de Velázquez , la villa Médicis à Alger, la villa Adeltif et Bou Saada

ont accueilli des artistes de France jusqu’en 1960. Ils vont s’y succéder pendant un demi-siècle et seront au nombre de quatre-vingt-sept, soixante-sept peintres et graveurs, dix-sept sculpteurs et un seul architecte.Al Djazaïr révèle alors à des dizaines de peintres du monde entier sa féerie de la lumière, son espace, sa fantaisie, et ses couleurs vives.

A) Fascination pour la nature : Gustave Guillomet " Le Sahara"
1) Le Rêve d'ailleurs, l'Orient exotique: Les peintres orientalistes n’ont cessé de montrer dans leurs œuvres leur fascination pour l’exotisme des paysages orientaux : Ils reprennent en effet le thème du Sahara qui frappe par son immensité, ses touaregs, ses chameaux et ses oasis : C’est ainsi qu’Etienne Dinet, subjugué par la magnificence du Sud algérien, entreprend en 1905 un voyage en Algérie, et s'installe à Bou-Saada, pour y vivre définitivement. Avec l'aide de son ami Slimane Ben Brahim Baâmar, il parcourt le désert et se familiarise avec les tribus nomades et bédouines, découvrant les traditions arabes et berbères. Tous ces éléments le pousseront à aimer puis à se convertir à l'Islam en 1913 en devenant Nasreddine Dinet. Il produit alors une quantité de scènes, de croquis, de portraits d'une lumière flamboyante et participe régulièrement à des expositions spécialement consacrées à l'orientalisme

E.DINET


http://www.bou-saada.net/Dinet/index.php?function=show&auto=1&photo=13

2) La chasse :Autre thème incontournable qui inspira les orientalistes et très important dans notre contexte de colonisation; la chasse. Ce thème a inspiré de nombreux peintres comme Delacroix "le premier pèlerin du moghreb" qui fut l'un des premiers peintres ayant rapporté du Maroc des images de cavaliers et de chevaux arabes. Les scènes reproduites étaient généralement des scènes de la vie quotidienne des chasseurs indigènes comme "la chasse au faucon,la curée" d'Eugène Fromentin ou "la chasse au sanglier" d'Horace Vernet ou bien des rassemblements de tribu comme "le couscous sous le grand arbre"ou "Le déjeuner chez les Kabyles" tout deux de benjamin Roubaud commentés par Théophile Gautier:"la vie des camps qu'il a partagé en amateur a fourni a Mr Roubaud des motifs qu'il arrange a merveille, sans sortir de la vérité."



Fromentin " La chasse au faucon"



Le thème de la chasse a permis de montrer,à travers l'image,le mode de vie des chasseurs et des tribus durant l'ère coloniale

E. DINET


B) La fascination pour les femmes : C'est dans une ambiance chaude et des couleurs feutrées que l'on retrouve les femmes qui sont souvent, le sujet obsessionnel des tableaux orientalistes. Parfois, il suffit d'ajouter que quelques éléments au décor pour achever la scène représentée. L'utilisation judicieuse des objets exotiques, des costumes étrangers sont des procèdes permettant de mettre en valeur ces femmes que l'on retrouve dans différents contextes (harems et bains ...).Etienne Dinet témoigne de cette fascination pour la féminité dans ces oeuvres réalisées dans le Sahara, où les femmes sont mises en valeurs par de sublimes
paysages et desjeux de lumière.


(Tableaux d'Etienne Dinet 'femmes " -ils sont méconnus et n'ont pas de titre)







1) Le Harem fantasmé: A cette époque, la représentation de la nudité en Europe est choquante si elle n’est pas justifiée. Or, le Harem s'avère être l'expression d'un ailleurs inconnu. Les mœurs y sont différentes et certaines pratiques tolérées (telles que l'esclavage, la polygamie, le bain public...etc.). Cette tolérance entraîne en Europe une grande fascination pour le harem (ou sérail), lieu de fantasmes du sultan. En effet, le Harem, si éloigné des mœurs et de la culture européenne de l'époque suscite nombreuses interrogations mais aussi de nombreux fantasmes: Les harems rêvés, fantasmés, imaginés sont souvent habités par des odalisques aux courbes sensuelles dans les vêtements légers, et transparents. Ce thème est très prisé notamment par Jean-Léon Gérôme Eugène Delacroix et Ingres.(photos Jean-Léon Gérôme, La piscine du harem,et Après le bain ou Femmes nues)Prenons en exemple l'Odalisque à l'esclave de Ingres où, une jeune odalisque nue s'étire sur des tissus chatoyants, toute envoûtée par la musique que joue son esclave noire à ses côtés. Sa sensualité semble s'épanouir au son de la musique. La position courbée que lui donne l'artiste permet de mettre en valeur sa poitrine et ses belles formes. Ces formes onduleuses dénotent avec l'espace très géométrique. Elle rejette la tête en arrière, comme pour s'offrir davantage. L'eunuque, gardien castré du harem et symbole de la négation du sexe masculin, veille sur le couple. La belle odalisque, tout en courbes, est prisonnière de ce lieu qui s'ouvre à droite sur une cour. Mais l'eunuque se tient là justement pour éviter qu'elle ne sorte ou que quelqu'un vienne gêner la scène qui se produit à l'intérieur. Ici comme dans la plupart des oeuvres d'Ingres, la femme est nue et captive dans un espace clos dont l'artiste détient la clé. La même chose est remarquée dans la Grande Odalisque. Présentée de dos, La grande Odalisque est un des rares personnages des oeuvres orientalistes qui regarde directement à l'extérieur du cadre de la toile. ( "L'Odalisque à l'esclave" )






2) Le bain :Sur le plan pictural, les scènes de toilette sont souvent caractérisées par des femmes qui entrent et sortent du bain et qui, en compagnies de leur servante, offrent leur beauté nue. On se sent ainsi dans l'intimité de ces femmes qui ne se préoccupent apparemment pas de cette intrusion de l'observateur: Pour illustrer ce moment comme privilégié de la féminité, des peintres comme Ingres présentent le repos, l'assoupissement, l’inaction, ce qui attire l'œil du spectateur qui, lui, est bien occupé à profiter de la scène, à se délecter des somptueux corps des baigneuses. La courbe du corps des ces dernières est répétée par les différents objets dans la pièce, comme les vases, assiettes, lampes, pots dont la forme et circulaire. La lumière est sombre ce qui laisse deviner que la scène se déroule dans un endroit mystérieux et même intime.


(Édouard Debat-Ponsan, Le massage, 1883.





(Jean-Léon Gérôme, Bain maure)


II:Orientalisme : Expression littéraire:
La conquête de l’Algérie en 1830 par la France, permet le développement d'un fort intérêt intellectuel pour l'orient. Ce regard enrichi permet à L'Orient d'intégrer le domaine littéraire français. L'orientalisme revêtit ainsi un aspect littéraire :Des "voyageur écrivains" vont alors profiter de leurs voyages en Orient pour nourrir leurs oeuvres d’exotisme, d’odeurs, de couleurs et de sensation intenses .C'est dans ce contexte que Chateaubriand fait en 1811 un voyage en Orient pour "aller chercher des images", qu’il rapporte dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem. Victor Hugo, qui n’est jamais allé en Orient, publie en 1829 un recueil de poèmes lyriques et fantastiques intitulé Les Orientales. Lamartine, quant à lui, écrit en 1833 d'une façon romantique ses Souvenirs, pensées et paysages pendant un voyage en Orient, où il appelle l’Europe à "protéger" la brillante civilisation orientale. En 1851, près de dix ans après son voyage en Tunisie et en Algerie , Gérard de Nerval publie Un Voyage en Orient, dans lequel l’Orient est étroitement associé à la féminité. La poésie de Charles Baudelaire dans Les Fleurs du mal (1857) est elle aussi fortement imprégnée de l’Orient, de ses odeurs, de ses parfums et couleurs.Cette fascination par l'orient dans le domaine litteraire conduit certains auteurs à s'engager:Maupassant qui a lui aussi fait plusieurs voyages en Algérie autour des années 1880,raconte dans ses voyages lui ont inspiré une série de textes témoignant de sa propre fascination pour l’Orient mais aussi de son engagement, : En effet dans les Nouvelles d’Afrique, Maupassant raconte ses expériences de vie Algerienne où il n'hésite pas à adopter un ton polémique dans ses critiques anticoloniales comme dans les nouvelles Bou-amama ou la Kabylie-Bougie. Dans Alger, par exemple, il présente un pays qui subit une colonisation "bien loin d'être bénigne". Dans le deuxième recueil, Récits d’Afrique, l’auteur s'inspire de la réalité politique pour donner son opinion sur des opérations militaires dont il était témoin en Algérie en tant que grand reporter pour le journal "Le Gaulois".



Ainsi , on saisit que le mouvement orientaliste est un mouvement complexe aux aspects divers:Il regroupe à la fois des artistes et des écrivains fascinés par l'orient ,dans ce cas précis l'Algérie, allant de Delacroix à Maupassant en passant par divers autres artistes commes Ingres ,Gérard de Nerval ou encore Victor Hugo.Cette diversité d'horizons permet à ce mouvement de prendre differents aspects :En effet, tout en montrant la beauté des paysages , la sensualité des femmes et l'art de la chasse au biais de son expression picturale , il temoigne de l' engagement politique de grands auteurs dans sa forme litteraire.Ainsi par les relations qu'il tisse entre l'Algerie de l'ère coloniale et les artistes Français ,l'orientalisme témoigne du passé commun de ces deux nations.

Yasmine - Inés - Adlane et Lamine
Bibliographie:

www.fr.wikipedia.orgwww.discipline.free.fr/orientalisme.

http://discipline.free.fr/delacroix.

http://www.bousaada.net/etienne_dinet.

http://expositions.bnf.fr/veo/index.

http://www.hku.hk/french/dcmScreen/lang3022/lang3022_orientalisme.

http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/livres/emmanuel.html http://wwwcano.lagravure.com/Jazet.htmhttp://www.bou-saada.net/Dinet/index.php?function=show&auto=1&photo=0

http://www.bousaada.net/etienne_dinet_tab0.htm
http://www.diagnopsy.com/Dinet/Pages/001.htm

http://www.dailymotion.com/video/x1d4ot_lalgerie-des-orientalistes-de-del_school.htm
http://dzlit.free.fr/nbenhamou.html

http://mediene.overblog.com/article11347239.html

http://www.jcbourdais.net/journal/17aout06.php

vendredi 7 mars 2008

La colonisation dans le cinéma Français

Pendant la période où l'Algérie était une colonie française, environ 134 films ont été tournés en Algérie. L'Algérie attire. Non seulement par son vaste désert où émergent de rares oasis - qui sont plus des postes militaires que de paradis au milieu du sable - mais aussi à cause de la capitale du futur État algérien : Alger. La Casbah y est pour beaucoup. La 'forteresse' ottomane, classée depuis décembre 1992 patrimoine mondial par l'UNESCO (et qui est à l'origine du célèbre surnom de la ville, Alger la Blanche) offre un décor idéal pour les réalisateurs. Son dédale de petites ruelles en pentes raides et en escaliers tortueux est parfaitement adapté à des films d'action, de gangster (très à la mode à l'époque) et à des films noirs, visant à montrer le côté 'obscur' du colonialisme.

Alger a été une ville attirante pour les cinéastes avant tout à cause de ses constructions. De 1897 au 1er novembre 1954, plus de 90 films ont été tournés en Algérie. Ce furent, au début, essentiellement des films d'action. Dans cette première catégorie de films, très peu d'acteurs 'indigènes' sont présents. D'ailleurs, les indigènes eux mêmes sont absents dans la grande majorité de ces films. La ville blanche est présentée à travers la Casbah et ses terrasses. Par exemple en 1922, Louis Mercanton et René Hervil tournent à Alger Sarati le Terrible. Mis à part quelques figurants, les acteurs indigènes sont absents. Par ailleurs, le sociologue Abdelghani Megherbi montre par ses recherches que ce film, tiré d'un roman de Jean Vignaud, fait l'éloge du colonialisme. Les autochtones sont donc présentés comme un peuple soumis, obéissant et calme : "les Arabes admirent la force et la craignent".

D'autres films suivant le même modèle que Sarati le Terrible - c'est-à-dire l'oubli de la population indigène - verront le jour. Parmi ces films, on retrouve Le Grand Rendez-Vous de Jean Dreville. Réalisé en 1949, le film traite du débarquement américain à Alger. La ville est sans ses habitants indigènes. Le "Groupe des Cinq", formé par le commissaire Basquet, le baron Darvey, le père Saint-Michel, De Riel et Solal organise la lutte contre l'Allemagne et le régime de Vichy. Ils sont rejoints par François qui travaillait dans les Chantiers de Jeunesse et sa soeur Colette. Ces deux derniers ont cherché à fuir la colonie pour rejoindre l'Angleterre, symbole de la résistance. Le groupe de résistants, qui contient à présent 7 membres, doit neutraliser la radio, le réseau téléphonique et les points stratégiques de la ville en attendant que les militaires des 800 navires alliés ne débarquent. Ce film de guerre se concentre donc sur les deux camps de la seconde guerre mondiale qui s'affrontent pour la possession de l'Afrique.

Dans la continuité de la série des films de guerre éclipsant la population autochtone, on retrouve Casabianca de Georges Peclet, réalisé en 1950. Le film rend hommage au sous-marin du même nom, le Casabianca, qui échappa au sabordage de la marine française à Toulon et contribua au ravitaillement du maquis Corse jusqu'à la libération de l'ile. Les bataillons étaient amenés d'Alger, ville qui ne semble, encore une fois, ne pas vouloir montrer sa population indigène.

Cette vision positive de l'Algérie coloniale s'explique de façon très simple. Cette époque a vu les partis communistes et socialistes gonfler leurs rangs. Bien entendu, ces derniers critiquaient le colonialisme, devenu un enjeu politique. En guise de riposte, le cinéma, en plus des nombreuses affiches de propagande, a reflété une image méliorative de la colonie : une belle ville, une belle baie, des habitants heureux. Et surtout, ces films cachent la misère dans laquelle vit le peuple autochtone.

Cependant des films sont là pour 'corriger le tir'. L'un des premiers films à refléter la réalité de la vie des indigènes en Algérie est Pépé le Moko. Julien Duvivier met en scène Jean Gabin dans le rôle d'un gangster français ayant trouvé refuge à la Casbah. La Casbah revient donc dans le cinéma, mais cette fois d'une autre manière. Les indigènes sont présents ! On découvre les quartiers véreux de la Casbah, pleins de trafics, de prostituées de pauvreté et de misère. C'est donc un cinéma réaliste qui commence, soucieux de montrer la réalité des choses. Le héros est traqué par l'inspecteur indigène Slimane, qui attend passiament de trouver le moyen de faire sortir Pépé de son refuge. Ce dernier commence à se lasser de Paris. Sa nostalgie va être accentuée lorsqu'il va rencontrer Gaby, une touriste parisienne. Le gangster tombe amoureux d'elle. Informé par son indicateur, l'inspecteur arabe est décidé à tirer partie de cette situation. Quand il apprend que Gaby va s'embarquer pour la France, Pépé cherche à la rejoindre à tout prix, malgré le danger qu'il courre. Mais il est dénoncé par Ines, prostituée indigène et compagne de Pépé, jalouse de le voir partir pour rejoindre une autre femme. Slimane a fait croire à Gaby que Pépé était mort. Au moment du départ ; Pépé est arrêté sans avoir pu parler à Gaby, persuadé qu'elle l'a quitté. Il se suicide sur les docks. Ce film policier est l'un des premiers où des personnages indigènes (même si interprétés par des acteurs français) prennent une place importante de l'intrigue. Un remake américain, Algiers, sera d'ailleurs réalisé.

Après la libération de l'Algérie, la France sera souvent critiquée pour ses différentes actions lors de la colonisation algérienne. On compte parmi ces actions l'usage de la torture et les attentats de l'Organisation de L'Armée secrète (OAS). Ces "opérations de pacification" sont évoqués dans certains films, comme la Bataille d'Alger. Réalisé en 1966, c'est un film italo-algérien réalisé par Gillo Pontecorvo. Le film débute le 7 octobre 1957 avec l'arrivée des parachutistes du colonel Mathieu. Les militaires investissent la Casbah d'Alger pour s'emparer d'Ali "la pointe", un petit délinquant devenu chef guérillero du FLN. Ils débarquent chez lui et le trouvent dans la doublure d'un mur, en compagnie de sa femme. Trois ans plus tard, la population indigène se répand dans les rues en réclamant l'indépendance. Le film nous montre les actions du FLN : surveiller les autorités françaises et repérer des endroits stratégiques pour y perpétrer des attentats. La haine réciproque qu'échangent le camp indigène et le camp français est très perceptible. Trahisons et meurtre s'enchaînent. Les premières bombes explosent, l'une dans un café et l'autre dans un club de danse. Les bombes sont posées par des femmes, technique utilisée par le FLN pour éloigner le soupçon des policiers. En réponse à ces deux explosions, 3 français font sauter un immeuble de la Casbah, la violence ne cesse de grimper. Ce film choc est considéré comme le premier film à montrer une vision autre que celle d'un réalisateur français. L'objectivité est pourtant présente, montrant les atrocités de la guerre dans les deux camps : assassinat d'innocents, torture des traîtres etc. Le film a d'ailleurs était primé à Venise en 1966.

Dans le même genre, on retrouve L'Ennemi Intime film franco-algérien de Florent Emilio Siri sorti en 2007. En juin 1959 une brigade de l'armée française pourchasse des maquisards. Les militaires français se trouvent en constant duel avec eux mêmes, tenaillés entre leur envie de venger leurs amis morts au combat où de respecter les "règles de la guerre". Un an auparavant, Mon colonel, film français de Laurent Herbiet parait. La torture est le principal thème du film. En 1957 à Saint-Arnaud, dans l'est de l'Algérie, un jeune officier juriste, Guy Rossi découvre la torture. Au début réticent à l'appliquer, il va peu à peu se transformer en "bourreau" ne ressentant plus aucune émotion. Son supérieur, le colonel Duplan, se verra parcourir le chemin opposé.

Mais la colonisation française en Algérie a aussi eu des répercutions dans la métropole. Ainsi, le film Nuit Noire Alain Tasma, place l'intrigue en 1961, le 17 octobre, où 30.000 algériens gagnent le centre de Paris pour une manifestation pacifique à l'appel du FLN. Dans la soirée, des milliers de personnes sont arrêtés par les autorités françaises. Des corps sont repêchés dans la seine quelques jours plus tard. Chaque personnage du film a sa propre vision de la situation, ce qui permet à l'auteur d'illustrer les différents mouvements indépendantistes algériens.

Retraçant une autre période de la colonisation algérienne, Indigènes, un film français, marocain, algérien et belge réalisé par Rachid Bouchareb, sorti en 2006 présente 4 indigènes enrôlés dans l'armée française. Ceux-ci sont prêts à tout pour donner une bonne image des indigènes, pour que la France reconnaisse leur valeur. Tous les membres de leur faction se font éliminés par les allemands. Leur supérieur leur demande de terminer leur mission, et de libérer le village alsacien. Agissant comme de vrais soldats se battant pour leur patrie, ils iront jusqu'au bout, jusqu'à la mort.

La colonisation française en Algérie a inspiré plus d'un réalisateur. D'abord un moyen de montrer le côté bienfaiteur de la colonisation, le cinéma français s'est ensuite orienté vers une volonté de refléter le réel de la situation pour ensuite laisser place à une critique pure et simple de l'attitude de l'armée et de l'administration française.

Medhi M - Medhi C. - Saber et Aghiles
Sources:

http://www.dilap.com/
http://www.dilap.com/cinema-arabe/cinema-arabe-algerien/histoire-cinema-algerien/cinema-algerien-colonial-2.htm
http://www.coupdesoleil.net/documentation/AlgerauCinema.pdf
http://www.espaceculture.net/averroes/averroes2003/03sous_le_signe/cinema_litterature/au_commencement.html
http://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/algerie/alg10.html

http://cinema.aliceadsl.fr/film/histoire/default.aspx?filmid=FI012582
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Cin%C3%A9ma_fran%C3%A7ais
http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Cin%C3%A9ma_alg%C3%A9rien
http://www.cadrage.net/dossier/colonisation.htm

Indochine- Algérie: élèment de comparaison.

I) L’Indochine et l’Algérie : une histoire commune ?

Nous allons grâce à un roman témoignage :
« un barrage contre le pacifique », de Marguerite Duras, étudier le cas de l’occupation d’une possession française : l’Indochine.

Le livre :
Dans le sud de l’Indochine durant les années 1920. Une vieille veuve, fatiguée et malade, vit avec ses deux enfants, Joseph et Suzanne, vingt et dix-sept ans, dans un bungalow isolé de la plaine marécageuse de Kam en Indochine...
La vieille femme, ignorante des coutumes coloniales qui nécessitent d'avoir recours à des pots de vin, a investi toutes ses économies dans une concession incultivable que les grandes marées du Pacifique inondent régulièrement. Elle se bat alors contre la direction générale du cadastre, puis en désespoir de cause décide de construire, avec l'aide des paysans de la région, un barrage afin de contenir les grandes marées....
Si l’intrigue du livre est passionnante, sa richesse documentaire l’est sans doute autant. Marguerite Duras consacra surtout son attention au terrible trio de ses personnages. Mais la matière autobiographique ne l’empêcha pas de fixer déjà, dans ce roman colonial qui fustigeait les turpitudes de certains administrateurs français en Indochine, ce qui devint sa grande problématique : la dénonciation de l’injustice sociale, de la morale bourgeoise.

L’Indochine Française :

Ce pays était la colonie française d'Indochine, la péninsule appartenant à l'empire colonial français : le Laos et le Cambodge étaient deux protectorats ; le territoire vietnamien était constitué d'une colonie, la Cochinchine, dont Saigon était la capitale, et d'un protectorat, l'Annam-Tonkin.
Si l'investissement financier prospérait, si l'industrie naissait, en revanche l'agriculture progressait peu : à peine la moitié des terres concédées aux Européens étaient exploitées. Cependant, l’enseignement était plus développé que dans les autres colonies françaises : il y avait 4 % de fréquentation scolaire en Algérie et 30 % au Cambodge. Les parents de Marguerite Duras ne furent pas les seuls professeurs à avoir répondu à l'appel de la propagande coloniale.
La domination française était mal acceptée, surtout au Vietnam où existait déjà un mouvement anticolonialiste à la veille de la guerre de 1914.Marguerite Duras écrivit “Un barrage contre le Pacifique” alors que se déroulait la
guerre d’Indochine qui opposait les Français et les nationalistes indochinois et que les intellectuels ayant adhéré au parti communiste commençaient à douter du bien-fondé de cet engagement.

Les enfants de la plaine :

La description des enfants de la plaine, dans le livre de marguerite Duras est une « photographie » de la dure réalité indigène de l’époque coloniale. Aux bébés, il faut «leur donner, de bouche à bouche, le riz préalablement mâché».
Soumis à un tel climat, les Cambodgiens montrent une «torpeur millénaire». «Leur misère leur avait donné l’habitude d’une passivité qui était leur seule défense devant leurs enfants morts de faim ou leurs récoltes brûlées par le sel». En effet, «il y avait beaucoup d’enfants dans la plaine. C’était une sorte de calamité». «Les enfants jouaient de la pluie comme du reste, du soleil, des mangues vertes, des chiens errants. Ils ne cessaient de jouer que pour aller mourir [...] Il en mourait sans doute partout». Faute de quinine, ils sont aussi victimes du paludisme. Ce thème des enfants, de leur nombre, de leur perpétuelle agitation, de leur faim éternelle, de leur mort prématurée, s’impose à travers le livre qui se clôt même sur leur évocation : «Mais les enfants étaient partis en même temps que le soleil. On entendait leurs doux piaillements sortir des cases».

Un peuple miséreux :
Plus malheureux encore que les enfants Cambodgiens, il y a ce vieux Malais qu’est «le caporal» dont «la grande affaire de sa vie était la piste» car, lors de sa construction, «à côté des bagnards, il y avait les enrôlés comme le caporal» , surveillés par la «milice indigène pour indigènes». Puis il «avait fait ou essayé de faire tous les métiers» et même «l’épouvantail à corbeaux dans les champs de riz». Et ce travail incessant est nécessaire parce que sa femme «enfantait sans arrêt et toujours des œuvres des seuls miliciens» ; il est vrai que, «lorsqu’elle était plus jeune, elle avait fait la putain dans toute la plaine pour quelques sous». Aussi, la mère à peine morte, était-il parti : «il ne pouvait pas perdre un seul jour pour trouver du travail». «Le caporal» représente ainsi, dans le roman, tous les indigènes indochinois et leurs maux.

Les « blancs » :

Si l’exotisme prête à la dénonciation de la misère des Cambodgiens, le drame des Occidentaux n’est pas moindre.

Les « petits blancs » :
La mère fut victime des agents cadastraux de Kam ; victime du monde colonial :de ses leurres, de ses imposteurs, de ses corrompus. Et Marguerite Duras dresse un tableau satirique de la colonie française d’Indochine à la fin des années vingt, de la condition des petits Blancs.
La mère rappelle : «J’ai travaillé pendant quinze ans et, pendant quinze ans, j’ai sacrifié jusqu’au moindre de mes plaisirs pour acheter cette concession au gouvernement». Mais, ignorante de la pratique coloniale des pots-de-vin, des «mystères de la concussion», de «la puissance discrétionnaire quasi divine» des fonctionnaires, elle n’a pas su se concilier «les chiens du cadastre» dont elle vitupère «l’ignominie», les «fabuleuses fortunes» . Ils lui ont vendu une concession incultivable qu’elle et ses enfants sont «les quatrièmes» à occuper, eux et leurs prédécesseurs étant «tous ruinés ou crevés». Les agents du cadastre lui accordèrent avec cynisme un délai «pour la mise en culture». Puis elle dut faire face à «la solidarité irréductible qui régnait entre les banques coloniales», «les prêtres de cette Mecque, les financiers». Et elle soupire : «Je savais bien que s’ils étaient aussi libres, aussi pleins de liberté, c’était surtout parce qu’ils avaient beaucoup d’argent».


Les « fortunes coloniales »:
La mère a été bernée par ces «grands vampires coloniaux» , ces «grands fauves», «ces seigneurs et ces enfants de roi» qui, faisant preuve d’«une aisance à vivre extraordinaire» , portant le «costume blanc, couleur d’immunité et d’innocence» et leurs femmes arborant la même «élégance estivale» , n’en sont pas moins «des ordures». Leur prospérité est fondée sur l’exploitation du pays : «le latex coulait. Le sang aussi. Mais le latex seul était précieux, recueilli, et, recueilli, payait. Le sang se perdait. On évitait encore d’imaginer qu’il s’en trouverait un grand nombre pour venir un jour en demander le prix». Cette puissance coloniale est illustrée par le père de M. Jo qui est «un très riche spéculateur dont la fortune était un modèle de fortune coloniale. Il avait commencé par spéculer sur les terrains limitrophes de la plus grande ville de la colonie [...] Il avait fait construire des maisons de location à bon marché».
Description de la « ville » :

Mais c’est dans la grande ville, qu’ils se pavanent vraiment. La description en est d’abord objective : il faut distinguer «deux villes dans cette ville, la blanche et l’autre». Mais la description devient vite très subjective : le «haut quartier» est «un espace orgiaque», «un bordel magique» , un «éden» , un «théâtre» où «la race blanche pouvait se donner, dans une paix sans mélange, le spectacle sacré de sa propre présence» , tandis qu’en bas sont relégués «les blancs qui n’avaient pas fait fortune, les coloniaux indignes» , «la pègre blanche» qui «s’encasernent dans les pulluleux bordels du port» mais étaient «ce qu’il y avait de plus honnête, de moins salaud dans ce bordel colossal qu’était la colonie».

Ces petits extraits l’auront prouvé : l’effet du colonialisme malgré ses différents effets sur le territoire conquis, est universel : il y a toujours des dominants qui exercent un pouvoir sur les dominés
.
Nour, Chanez, Sarah et Meriem