mercredi 12 mars 2008

L'Algérie durant le régime de Vichy










Le 17 juin 1940, soit près de 2 ans après le début de la Seconde Guerre mondiale, le maréchal Philippe Pétain lance un appel radiophonique encourageant le peuple français à cesser le combat contre les forces allemandes. 24 jours plus tard, il s'autoproclame chef de l'État, et le régime de Vichy est déclaré pour tous les territoires français. Parmi ces terres, l'Algérie, colonie française depuis 1830, et partie intégrante du territoire depuis 1848, soumise à l'autorité de Vichy, joue un rôle important dans la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans la chute de l'Empire colonial, et est annonciatrice du déclin de la Collaboration. À la fois actrice et spectatrice, l'Algérie est entre 1940 et 1942 - date du débarquement allié en Afrique du Nord - un exemple de la présence du gouvernement vichyste dans les colonies françaises, en plus d'être d'une importance stratégique pour la Résistance.

À la fois actrice et spectatrice, l'Algérie est entre 1940 et 1942 - date du débarquement allié en Afrique du Nord - un exemple de la présence du gouvernement vichyste dans les colonies françaises, en plus d'être d'une importance stratégique pour la Résistance


Une grande partie des informations est extraite du livre "L'Algérie sous le régime de Vichy" de Jacques CANTIER.
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I - L'arrivée du vichysme en Algérie :
Au début du mois de juin 1940, la situation en Algérie est calme ; la colonie est hors des lointains combats de la métropole. Privée d'informations directes concernant la guerre, l'opinion publique est entièrement soumise à la presse, comme en témoigne un extrait de "La Colline Oubliée" de Mouloud MAMMERI : "Nous n'avions ni le loisir ni le goût de lire les journaux et ce fut des civils que nous apprîmes les étapes de l'avance allemande. Nous admirions l'efficacité de la ligne Maginot quand elle était déjà tournée, nous nous révoltions avec notre informateur de la félonie des Belges quand les Allemands étaient en France et plaignions Amiens au moment où déjà Paris capitulait."Cette même opinion publique n'est pas moins troublée durant les débuts du régime de Vichy : après les discours des 7 et 20 juin, elle est divisée en deux camps. D'un côté, la mauvaise interprétation de ces discours défaitistes accentue l'effervescence et la ferveur patriotique des habitants d'Algérie. De l'autre côté, un mouvement plus favorable au gouvernement de Vichy se distingue : le 21 juin, l'archevêque d'Alger Mgr Leynaud et le Cheikh El Okbi, figure importante du mouvement des oulémas, incitent le peuple algérien à faire confiance à Pétain.Cet optimisme devant l'arrivée du régime de Vichy se voit suivi par l'arrivée de la propagande en Algérie, et le culte de la personnalité du maréchal Pétain : comme les images ci-contre le montrent, l'image du maréchal est omniprésente, en métropole comme dans les colonies. De plus, la presse est manipulée dès le lendemain de la défaite : "La Dépêche algérienne" ou "L'Écho d'Alger", par exemple, changent brusquement de ligne éditoriale. Grâce au contrôle des médias, le discours pétainiste peut s'étendre, et la IIIe République est assimilée à un "ancien régime" avant même le vote du 10 juillet 1940.

[ propagande en faveur du maréchal Pétain ]



L'arrivée du vichysme en Algérie est également accompagnée par la création de nouvelles institutions. Par exemple, la Légion française des combattants naît dans le but de diffuser la doctrine de la Révolution nationale, comme le montre un extrait de la loi fondant cette institution : "les anciens combattants doivent former le faisceau de leurs volontés. Ils doivent partout et jusque dans chaque village constituer des groupes décidés à faire respecter et exécuter les sages conseils de leur chef de Verdun et de 18." La naissance de ces nouvelles institutions est suivie par une refonte
totale de l'élite administrative, et par un large mouvement préfectoral : sur 94 préfets en poste en 1940, 26 sont mis à la retraite, 29 révoqués et 37 déplacés.
[ la jeunesse de la Légion française des combattants ]














II - L'enracinement du régime de Vichy :
Après l'instauration de cette nouvelle hiérarchie, le régime de Vichy peut s'installer pleinement. L'Algérie devient alors le prolongement de la métropole, et les logiques d'exclusions ne tardent pas à être appliquées : présentée comme un passage obligé de l'unification nationale, l'exclusion des Juifs et d'autres classes considérées comme ennemies naturelles du régime ne se fait pas attendre. Ainsi, le décret Crémieux de 1870, qui accordait la nationalité française à tout Juif d'Algérie, est aboli. De même, la politique d'étouffement de la démocratie est appliquée : les politiciens et dirigeants sont directement nommés par les autorités du régime de Vichy, et ce pour éviter de se retrouver en présence d'élus impliqués dans le Front Populaire ou favorables à un mouvement antifrançais. Pétain, en critiquant le suffrage universel, ajoute qu'il ne sert qu'à entretenir "certaines apparences trompeuses de la liberté" (cf. discours du 10 octobre 1940). De la même manière qu'en métropole, le régime collabore ouvertement avec le IIIe Reich, en envoyant des travailleurs algériens oeuvrer au service de l'Allemagne, ou encore en envoyant des ravitaillements à l'Afrikakorps, le corps de guerre allemand installé en Afrique.
En plus de reprendre et d'appliquer rigoureusement des mesures adoptées en métropole, les différents gouverneurs d'Afrique française et d'Algérie surenchérissent et ajoutent des lois qui dépassent les demandes du régime de Vichy. Maxime Weygand, par exemple, instaure en septembre 1941 un "numerus clausus" scolaire excluant la quasi-totalité des enfants juifs des établissements publics d'enseignement, y compris des écoles primaires, ce qui n'arriva pas en métropole. Il interdit également la franc-maçonnerie et enferme, avec l'appui de l’amiral Abrial, les "opposants au régime" dans des camps de prisonniers au sud de l'Algérie et au Maroc, ainsi que des volontaires de la Légion étrangère et des réfugiés étrangers sans contrat de travail.




[ affiche incitant à faire des dons en direction de l'Algérie ]
À cause de la rigueur de l'hiver 1941-1942 et de la sécheresse du printemps, les récoltes algériennes pour l'année 1942 sont insuffisantes. À ce constat viennent s'ajouter les difficultés que rencontre le régime avec sa politique interventionniste et avec l'économie dirigée. Ceci, ainsi que la mauvaise évolution du commerce algérien, a pour conséquence une crise en 1942 et une dégradation notable du niveau de vie des populations locales, comme le note Mouloud MAMMERI dans "La Colline Oubliée" : "Tant de mendiants aux yeux creux traînaient sur les routes leurs pieds ensanglantés et durcis que c'était à douter si la main de Dieu même aurait pu les rassasier et les vêtir tous."




III - La fin de l'Algérie vichyste :
De la crise de l'année 1942 et de la dégradation des conditions de vie, il résulte une perte de prestige du régime et un mécontentement des populations locales. Ceci ne fait qu'agrandir un sentiment anti-européen déjà présent avant l'établissement du régime de Vichy : d'après les estimations du chef du CIE de la préfecture d'Alger, 5 à 20 % de la population musulmane est anti-française en juin 1940. Malgré la propagande et le culte du maréchal Pétain, et malgré la répression, ce sentiment va germer pour donner naissance à une Résistance locale.Constituée de petits noyaux ayant peu de liens entre eux, la résistance ne s'organise que tardivement : il faut attendre 1942 pour que se rencontrent le dirigeant de la Résistance algéroise, José Aboulker, et son homologue oranais, Henri d'Astier de la Vigerie.


URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Torch-troops_hit_the_beaches.jpg ]
Les deux noyaux s'entendent pour préparer un débarquement allié en Afrique du Nord, et n'hésitent pas à contacter le diplomate américain Murphy pour leur venir en aide. Ainsi, l'opération Torch, fruit d'un accord entre Alger et les États-Unis, voit le jour : le 8 novembre 1942, près de 107'000 hommes débarquent sur les plages d'Afrique du Nord et, avec l'aide des résistants, prennent le contrôle du territoire en très peu de temps. Après des batailles sanglantes, l'amiral Juin, gouverneur d'Algérie, et l'amiral Darlan, alors chef du gouvernement, finissent par capituler et ordonnent le cessez-le-feu pour Alger, Oran, et le Maroc.
Le putsch du 8 novembre et l'aboutissement de l'opération Torch marquent l'entrée en guerre de l'Afrique française et une volonté de retour aux valeurs démocratiques. C'est dans cette optique que le général de Gaulle se déplace à Alger en mai 1943 et y fonde le CFLN (Comité français de la Libération nationale). Non seulement le comité oeuvre-t-il à rétablir la république, en rétablissant notamment le décret Crémieux, mais il établit également quelques réformes importantes, telles que l'extension du droit de vote aux femmes et l'amélioration du sort des colonisés en Afrique française.
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Conclusion :
L'arrivée du régime de Vichy en Algérie est marquée par un trouble de l'opinion publique qui sera accentué par la propagande pétainiste, mais après l'instauration d'une nouvelle hiérarchie, les mesures adoptées en métropole ne tardent pas à atteindre la colonie. Sous la direction du général Weygand, certaines lois sont même exagérées, comme celles concernant les logiques d'exclusion. Plus tard, la crise de l'année 1942 entraîne des mécontentements de plus en plus importants : il en résulte l'opération Torch, et l'instauration du CFLN. Ce comité, qui tient une place importante dans le rétablissement des valeurs démocratiques, finit par éclipser le régime de Vichy en devenant plus tard le GPRF (Gouvernement provisoire de la République française), et en rendant nuls tous les actes et décrets promus après le 16 juin 1940. Après la Libération, qui sera l'aboutissement des actions conjuguées des Alliés, du GPRF et de la Résistance, une nouvelle ère commence alors pour la France : celle des reconstructions de l'après-guerre et de l'épuration. Du côté algérien, les nationalismes enfouis durant le régime de Vichy peuvent enfin se réveiller.



Amine - Yanis A. et Naji
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Références : * "L'Algérie sous le régime de Vichy", de Jacques CANTIER, éditions Odile Jacob * L'encyclopédie libre Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/ Pages concernées : "Régime de Vichy", "CFLN", "François Darlan", "Algérie", "Maréchal Pétain", "Maxime Weygand" * "La Colline Oubliée" de Mouloud MAMMERI, éditions Folio
Images : * les troupes de l'opération Torch atteignent les plages : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Torch-troops_hit_the_beaches.jpg * autres images : issues du cahier hors-texte de "L'Algérie sous le régime de Vichy" de Jacques CANTIER Archives nationales, Paris Centre des Archives de l'outre-mer, Aix-en-Provence Photographies Jacques Gautherot (DR), collection Vianney Lambert, Orléans

2 commentaires:

elisaparis a dit…

je cherche pour les besoins d'un roman, un témoin des camps de travail sous le régime de Vichy en Algérie ou au Maroc. Merci de bien vouloir me contacter.

Roberto Battistini a dit…

Bonjour
Je développe un travail de recherche sur la libération de la CORSE en 1943 et je cherche tous documents photographiques et cinématographiques pouvant permettre d'identifier les lieux du gouvernement d'Alger en 42 43 ainsi que la base du sous marin CASABIANCA.

Merci d'avance.RB