vendredi 7 mars 2008

Vivre en Algérie au temps de la colonisation :


I) Organisation des administrations en Algérie :

A) Grandes étapes de l’administration réalisée en Algérie :
La colonisation entre 1870 et 1900
De 1871 à 1881, on revient à la colonisation officielle qui avait été abandonnée sous le Second Empire ; deux gouverneurs éminents, l'amiral de Gueydon et le général Chanzy, lui donnent un nouvel essor.
De nouveaux centres sont créés dans les trois départements, et peuplés soit avec des Français venus de la métropole, soit avec des Français d'Algérie.
Après 1881, et jusqu'en 1902, la colonisation officielle se freine. L'extension de la colonisation a fini par absorber les terres dont l'État dispose. Aussi, après 1881, faute de terrains disponibles et de crédits pour en acheter, il a fallu réduire les créations de centres. Ce n'est qu'après 1902, à la suite de l'institution du budget spécial, que la colonisation officielle reprend son élan.
Depuis 1890, l'Algérie a son budget spécial ; le besoin de renforcer l'élément français étant manifeste, on a consacre des crédits importants à la colonisation officielle et mis au point la législation qui la régit. Le décret de 1901, admet quatre modes d'aliénation des terres de colonisation :
1° La vente à prix fixe, à bureau ouvert, qui a lieu au bureau des domaines du chef-lieu de chaque département.
2°La vente aux enchères par adjudication publique.
3°exceptionnellement la vente de gré à gré.
4°La concession gratuite, mais seulement quand l'intérêt de la colonisation l'exige.
B) une organisation sociale
L’enseignement
L’arrivé des français en Algérie aboutit à un changement de fonctionnement qui commence d’abord par la formation du PERSONNEL ENSEIGNANT avec la création en 1865 de l’Ecole Normale de Bouzaréah : mixte qui recrute des garçons européens et indigènes.
Ce nombre que commente Ferhat Abbas en affirment que : « Ces missionnaires de l’école française et de la Science dont le dévouement à l’école autochtone n’avait d’égal que leur volonté de rapprocher les Algériens de la France " !

· ENSEIGNEMENT PRIMAIRE :


EUROPEENS MUSULMANS

année total % filles total % filles Total général Part de musulmans
Maternel public 1960 15549 48.2% 37277 46.5% 52826

Primaire public 1960 129699 48.4 % 695013 37.2 % 824712 84.2 %


· ENSEIGNEMENT SUPERIEUR

ECOLES SUPERIEURES ET FACULTES :
Inauguration en 1859 à Alger une Ecole de Médecine et de Pharmacie dans des locaux de la basse Kasbah.
Loi de Jules Ferry en 1879 qui permet de créer 3 Ecoles Supérieures de Droit de Lettres et de Sciences.
Les 4 Ecoles Supérieures sont regroupées en 1887 au " Palais des Facultés " sur l’emplacement du Camp d’Isly.
Une loi en 1896 édifie en Universités ces Ecoles Supérieures
La loi du 30 décembre 1909 érige en Facultés ces 4 Universités :
· LA FACULTE DE MEDECINE
· LA FACULTE DE DROIT
· LA FACULTE DES LETTRES
· LA FACULTE DES SCIENCES
Les couches sociales : colons, juifs et musulmans indigènes :
Les juifs autochtones sont d’abord soumis au même régime que les indigènes musulmans, jusqu’en 1871 ou ils obtiennent la naturalisation par le « décret Crémieux » qui attribue la citoyenneté française à tous les juifs d’Algérie. Ceci fait, cette mesure est vivement contestée en Algérie, où un violent mouvement anti-juif culmina tout à la fin du siècle, et en métropole.
Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 attribue aux indigènes la nationalité mais non la citoyenneté française. Cependant, ce sénatus-consulte a ouvert aux musulmans comme aux juifs une procédure d’accession individuelle à la citoyenneté française, qualifiée improprement de « naturalisation ». La demande suppose la renonciation au statut personnel musulman soit une abjuration de l’islam. De plus, la demande pouvait être refusée.

C-La gestion des terres et de l’agriculture
En 1830 on estime à 2 400 000 ha la surface des terres labourables: 600 000ha en blé dur, 600 000ha en orge et 1 200 000ha en jachère pâturée .Ces chiffres est juste nécessaire aux besoins.
En outre:
· Les possibilités de stockage sont faibles détruisant les bonnes années
· Le climat nord africain est capricieux avec des calamités météorologiques fréquentes (pluviosité souvent insuffisante, irrégulière et mal répartie- gelées printanières tardives - sirocco - sécheresse et échaudage en fin de végétation)
· La récolte s’effectue à la main, à la faucille, à la sape indigène ou par arrachage des céréales.

Le premier Sénatus-consulte de 1865 reconnaît aux tribus la libre propriété des terres. La délimitation les territoires des tribus, des douars et fractions reconnus et classés dans les plusieurs catégories :
Melk ou propriété privative
Arch ou propriété collective
communaux de douars et domaniaux

Toutefois, ce réaménagement du
territoire n’est qu’une rétrospective des futures bases de la vie municipale ce qui amena l'instruction du général Mac-Mahon en date du 1er mars 1865, précise d'ailleurs que le douar-commune n'est autre chose que le " germe de la commune arabe ".
---Une seconde innovation de ce sénatus-consulte, a été spécifiquement en pays arabe, l'institution de la Djemâa qui existait préalablement dans les secteurs berbères où fonctionnaient sous forme d’assemblées locales.

II) Les colons :
Les petits colons

L’Algérie ainsi devenue une colonie de peuplement bénéficie d’une forte exploitation des terres. Attirés par l’appât de terres gratuites ou presque, les paysans de France ou d’ailleurs viennent, s’installent, mènent une vie misérable et dure pendant quelques années, au bout desquelles, ayant mangé leurs économies et fait souvent pas mal de dettes, il ne leur reste que la ressource de se débarrasser de « leur propriété », et de prendre un commerce ou de chercher un « emploi ». Ces « petits colons » vendent ainsi aux indigènes, les descendants de ceux qui ont longtemps été expropriés.


Les grandes exploitations capitalistes :

Mais toutes les terres qui sont abandonnées par leur premier propriétaire ne vont cependant pas entre les mains des indigènes. Une partie en est rachetée, à bon compte, par un ou deux colons du village, plus riche que les autres, et qui arrivent ainsi à concentrer entre leurs mains d’assez grandes étendues. Les détenteurs de ces domaines importants ne les exploitent généralement pas eux-mêmes ; ils se contentent d’en être les « propriétaires », c’est-à-dire qu’ils les donnent, par parcelles, en location, ou plus souvent en métayage, à des indigènes qui les exploitent par leurs propres moyens, à leurs risques et périls, moyennant le paiement d’une redevance à l’Européen propriétaire. La fierté de ces exploitations capitalistes : le vignoble algérien n’ait cessé de croître à vive allure. Il couvre en 1906, 221 000 hectares et sa production, les bonnes années, dépasse 13 millions d’hectolitres. Le climat méditerranéen, offre de même la possibilité de cultiver agrumes et fruits dont l’exportation, notamment vers la France, est de plus en plus abondante.


III) Les « musulmans d’Algérie » au temps de la colonisation :


En Algérie, bien que le territoire ait été déclaré français avec le statut administratif de trois départements : Alger, Oran et Constantine, tous les habitants ne jouissaient pas des droits attachés à la citoyenneté. La plénitude de ces droits étaient le privilège d’une minorité, les Européens et les Juifs, considérés comme " Français d’ Algérie ", tandis que les " indigènes" en étaient exclus, excepté quelques-uns d’entre eux, dont la demande de naturalisation a été accepté exceptionnellement qui d’ailleurs étaient rejeté par leur communauté qui les qualifiait de m’tourni (les "retournés" en arabe).
Le code de l’indigénat qui régissait les vies des indigènes était très inégal.
La France gouvernait l’Algérie ; OR en France, on n’a jamais dit qu’on « gouvernait » un département. L’examen du statut des Algériens est édifiant : l’Européen d’Algérie (Français ou issu des
immigrations européennes) bénéficiait du statut de Français, tandis que l’Algérien relevait du régime du code de l’indigénat.
En 1947 il ya eu promulgation d’un nouveau statut. Celui dont on pouvait espérer qu’il ouvrait la voie à une Algérie nouvelle, établissait l’inégalité en matière de droits civiques, puisqu’il instituait deux collèges électoraux, le premier collège (900000 européens) élisait 60 représentants à l’Assemblée algérienne, le second collège (9 millions d’indigènes) élisait également 60 représentants à cette même assemblée.
Certes, à partir de 1919, différentes lois avaient permis à certains "indigènes" de devenir, sous certaines conditions, citoyens français, mais il s’agissait de mesures concernant toujours une petite minorité. Pour la quasi-totalité des Algériens, il n’y a jamais eu égalité de statut, puisque ceux-ci, bien qu’ayant la nationalité française, étaient distingués du reste de la population, l’appellation de "Français musulmans" remplaçant celle d’"indigènes", mais gardant exactement la même signification.
En fait, l’inégalité entre Européens d’Algérie et Algériens était institutionnalisée en matière d’impôts, de justice pénale, de service militaire, d’accès à la fonction publique, de rémunération dans la fonction publique, en matière d’accès à l’enseignement.
Le colon redoute l’indigène évolué, susceptible de le concurrencer. Alors que tous les enfants européens sont scolarisés, les jeunes musulmans sont abandonnés .Dans les villes, ils cirent les bottes et s’installent dans les bidonvilles. A la campagne, la sous-nutrition ainsi que la mortalité infantile font des ravages. Pas de formation technique, très peu d’écoles professionnelles, pas d’enseignement de la langue arabe, pas de crédit agricole, pas d’habitats, pas d’hygiène, pas d’hôpitaux.
Le salaire de l’indigène variait en 1910 entre 0.5 et 1.5 francs pour une journée de 14 heures de travail. De 1910 à 1920 il est de 4 francs. De 1920 à 1935 il est de 4 à 8 francs. De 1935 à 1942 il est de 8 à 12 francs. En 1945 il est de 250 à 360 francs.

On ne peut le nier c’est l’exploitation des indigènes qui fait la richesse des colons.
Comme l’affirme
Ferrat Abbas dans « la nuit coloniale » : « L’algérien, exception faite d’une poignée d’hommes, étroitement associés aux européens, vit des miettes que lui abandonne le colonialisme »
Le colon exerce les deux pouvoirs : il est français à Paris et est le premier algérien à Alger. Alors que l’arabe n’en exerce aucun : il est absent à Paris et juridiquement mineur à Alger.


Mais les autochtones, ne se soumettaient pas, ils avaient entrepris de reconquérir leurs terres en rachetant les propriétés que les colons abandonnaient .Passant de la résistance passive a la résistance active, le peuple algérien reprenait la lutte pour affirmer son droit a l’existence contre le refoulement et le cantonnement.

La situation imposée aux Algériens au temps de la colonisation française se présente comme suit : devenir citoyen français, c’était remettre en question son appartenance religieuse. Ce refus de citoyenneté (qui considère pourtant la religion comme une affaire privée), la mise en place d’un faux modèle de la République, provoqua l’essor d’un mouvement indépendantiste, à base religieuse et communautaire, et la guerre d’Algérie avec le dénouement que l’on connaît.

Nour, Chanez, Sarah et Meriem